Pauvres et pauvreté

0
435

Il est une exhortation qui revient avec insistance dans la bouche du Pape François, exhortation envers l’Eglise, et donc envers tous ceux qui la composent : qu’elle soit pauvre, pour être mieux accueillante pour les pauvres.

Une compréhension étroite ferait penser à ce qui est considéré comme une richesse de l’Eglise ; certes, au moins pour ce qui est repris dans les télés, lors des grandes cérémonies, un certain décorum apparaît, mais ceci signifie-t-il une véritable richesse au sens premier du mot ? Tout autant, rappelons-nous la polémique à propos de sans-abris et des locaux vides que possèderait l’Eglise ; nous savons ce qu’il en a été.

Aussi, la recherche de faibles moyens, tant humains que matériels, doit-elle être un objectif, alors qu’il faut aussi vivre, fonctionner de manière tout à fait humaine?

Sans considérer que ces considération ne sont pas exactes, il me semble que le vrai sens de pauvres et pauvreté doit être recherché ailleurs.

Je ne suis pas un exégète du Pape François, vous l’avez remarqué ! Mais j’ai essayé de comprendre ce qu’il voulait dire, en quoi l’Eglise, nous-mêmes, moi-même étions interpellés.

 Et il  me semble que les Béatitudes nous donnent des pistes de compréhension

 Heureux les pauvres de cœur (Matthieu 5,3)

Le thème « pauvres/riches » est ancien dans la Bible, par exemple dans les Psaumes 34 ou 62:

 « …..Des riches ont tout perdu, ils ont faim ;

Qui cherche le Seigneur ne manque d’aucun bien » (Ps. 34, 11).

 « …..Si vous amassez des richesses, n’y mettez pas votre cœur » (Ps. 62, 11).

 Matthieu, lui, précise « les pauvres de cœur » : le cœur signifie ici le centre de l’être et touche au comportement, à l’état d’esprit ; il s’agira de la disposition consistant à ne pas considérer que nous avons tout, que nous n’avons rien à recevoir, mais que face à Dieu nous ne sommes rien où pas grand-chose.

Il s’agira de l’intelligence, de l’état, qui a tout à attendre de l’Autre, dans une humilité de l’âme selon Saint Léon le Grand (pape du Vème siècle, Docteur de l’Eglise) ; on retrouve, également, cette disposition d’esprit, lors de la Prière pénitentielle à la célébration de l’Eucharistie. Il s’agira, aussi, de

 « …ces pauvres que les épreuves matérielles et spirituelles ont exercés à ne compter que sur le secours de Dieu » ( Mt. 5, 3-TOB, note d).

Nous voyons là que, selon Matthieu, la pauvreté est à la fois une disposition du cœur, un état matériel, mais aussi spirituel, affectives,….

Je pense alors à bien des catéchumènes que j’ai accompagnés chez qui j’ai rencontré ces pauvretés qui souvent se rejoignent et s’additionnent.

Le cœur dont il s’agit sera le cœur brisé et broyé des psaumes (34, 19 ; 51, 19) ; aussi, la disposition d’esprit sera celle de la place de son « trésor (Mt. 6, 21 ; Lc. 12, 34).

 Heureux vous les pauvres (Luc 6, 20)

Luc a, lui, une interprétation différente : il ne reprend pas la  formule de Matthieu les « pauvres de cœur », mais il parle des « pauvres, »  qui peut s’interpréter comme les pauvres de biens matériels.

Une lecture étroite ferait penser à la folie qui consisterait à considérer qu’être pauvre de bien est un bonheur car il ouvre toutes les portes du Royaume ; la seule réponse qui leur serait donnée serait d’attendre que celui-ci soit advenu. Il y aurait alors bien des heureux en ce bas monde !

Luc veut montrer par là à qui Jésus s’adresse d’abord, à savoir les pauvres et les humbles. Cette formule montre cette « sensibilité à la compassion à laquelle Luc adhère » (Lc. 6, 20).

Il reste que la pauvreté, celle du cœur et/ou de l’existence, permettra d’être disponibles

 « …..les pauvres sont parfois plus attentifs à l’appel de Dieu »[1]

comme la veuve de Sarepta qui reconnaît l’œuvre de Dieu dans les miracles accomplis par l’intermédiaire d’Elie, ce Dieu qui lui redonne deux fois la vie :

  •  en faisant en sorte que la jarre de farine et la cruche d’huile ne s’épuisent pas ;
  •  en redonnant vie à son fils (1 R. 7-24).

Cette disponibilité vient en opposition avec les risques qu’une certaine richesse apporte un isolement, enferme dans une idolâtrie.

Répondre aux besoins matériels est ici chemin incontournable pour comprendre que la voie du Royaume, déjà commencé, passe par ce monde très concret.

Si je comprends bien ces interpellations constantes du Pape François, en sachant aussi ce qu’il a montré dans sa vie de prêtre et d’évêque à Buenos Aires, les deux pauvretés sont liées, la première peut aussi se dire simplicité pour être accueillante aux autres pauvretés.

 « Le Seigneur exalte la simplicité de cœur de celui qui reconnaît en Dieu sa vraie richesse, qui met en lui, et non dans les biens de ce monde, son espérance. »[2]

 Nous avons une bonne marge de progression !

Merci au Pape François de nous le rappeler.


 


[1] Bible et migrations, figures d’hier, réalités d’aujourd’hui-Pierre TRUDEAU-Karthala-2009, page 74

[2] Exhortation apostolique Verbum Domini – 30 septembre 2010, §107