Dialogue interreligieux et pèlerinages : la rencontre

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Dialogue interreligieux et pèlerinages : la rencontre dans Foi et religion images3-150x107« Le pèlerinage, c’est se décentrer de soi-même pour se recentrer sur Dieu afin de mieux s’ouvrir à l’autre. »

Telle a été la phrase par laquelle le Père Pascal DELANNOY, évêque de Saint-Denis en France, a conclu une belle soirée interreligieuse sur le thème des pèlerinages et qui a réuni 150 personnes à la Maison Diocésaine de Bondy.

Des traditions propres

Chacune des trois religions a des traditions propres même si, nous allons le voir, des points de convergence et de rencontre interviennent.

Pour le Judaïsme, ceci s’inscrit dans l’histoire du Temple de Jérusalem où, à trois occasions, les Juifs étaient invités à s’y rendre: Pessah, Shavouot et Soukkot, la fête des tentes ou des cabanes.

Chacun était invité à faire « un effort » signe de chemin vers la sainteté (notion que nous allons retrouver en Islam et chez les catholiques). Depuis la destruction du temple, face à la dispersion des juifs de par le monde, ces trois pèlerinages n’ont plus lieu, mais c’est chaque famille qui le revit chez elle à l’occasion de ces trois fêtes, mais aussi de manière plus large. Si « pérégriner » est dépassement de soi et accueil, ceci peut-être vécu autrement chez soi et nous avons pu entendre la belle expérience vécue par bien des familles juives à l’occasion de Shabbat et la table ouverte ; les non juifs peuvent alors vivre un véritable partage, l’altérité et faire l’expérience que la liturgie juive est d’abord une liturgie familiale.

Chez les musulmans, le pèlerinage, pour remplir toute sa dimension, doit « remplir » trois conditions :

  • avoir un sens
  • un but
  • ne motivation

pour ceux qui le pratiquent ; mais ceci n’est-il pas vrai pour tous ?

Le pèlerinage, à La Mecq,  figure comme un des cinq piliers de l’Islam et chacun est invité à le faire au moins une fois dans sa vie ;  le lieu central se situe autour de la Kaaba, cette tour centrale drapée de noir qui aurait été édifiée par Adam et reconstruite par Ibrahim (Abraham): elle est la Maison de Dieu, selon le Coran. La tradition veut que Dieu ait dit à Ibrahim que « Les gens viendront vers toi de tous les chemins éloignés. » Aussi, cela s’inscrit dans l’histoire d’Hagar, la servante de Sara, et d’Ismaël, le fils qu’elle eut d’Ibrahim.

Chacun peut s’imaginer qu’effectuer un pèlerinage n’est pas de tout repos, peut être éprouvant, mais cette souffrance est offerte à Dieu. Par les rites (vêtements légers pour les hommes par exemple) chacun est invité à s’oublier, prendre distance par rapport à la vie courante, se séparer de ce qui l’alourdit pour mieux vivre au retour l’ouverture à l’autre.

Enfin, la démarche catholique s’inscrit dans une autre histoire et une plus grande diversité des lieux (Rome , Jérusalem, Lourdes, Fatima, Compostelle, et tous les sites locaux) ; il s’agit d’un appel à la sanctification de notre foi chrétienne en faisant mémoire de ceux qui ont été au centre de tel ou tel événement : Pierre et Paul, Bernadette, les enfants de Fatima,…..)

Se rendre dans un tel lieu, n’est pas pour effectuer une simple visite, même s’il faut aussi se nourrir des beautés que l’on peut voir; sur les lieux, on comprend autrement le sens des messages transmis. Ceux qui sont allés en Terre Sainte peuvent témoigner de l’importance de trouver une assise matérielle à ce que les Ecritures nous disent, aux fondements de la foi chrétienne.

Ceci est offert à tout croyant, mais pas seulement et bien des rencontres riches sont possibles ; les motivations des « pérégrinants » peuvent être sensiblement différentes : démarche de foi, démarche personnelle, pour faire le point après un événement particulier, personnel….

Aussi, on peut partir seul, mais seul on ne le sera jamais et ceux, dont je suis, qui ont « fait Compostelle » peuvent dire les rencontres riches qu’ils ont faites.

La rencontre pour bâtir la paix

Histoires et traditions différentes, mais  rencontre des trois religions dans les buts et fondements des pèlerinages.

La conclusion de l’évêque de Saint-Denis en France s’était inspirée des témoignages reçus, et aussi d’une phrase prononcée par Benoît XVI à Compostelle en 2010 : « Il s’agit de sortir de soi-même pour aller à la rencontre de Dieu ».

En fin de rencontre, un participant interrogea les intervenants, puisque Jérusalem est un lieu commun aux trois religions: est-il envisageable que les trois se rendent ensemble à Jérusalem? Sans syncrétisme aucun, le rabbin, l’imam et le prêtre se sont inscrits en tête de liste !

Chacun sait bien que ce qui est possible dans les cœurs, est plus complexe dans la réalité, mais est toujours possible ne serait-ce qu’à petits pas.

Mais je ne pense pas trahir la pensée des participants à cette soirée en pensant que la construction solide de la paix nécessitait des initiatives comme celle de cette soirée ; l’interreligieux est au cœur, comme une exigence incontournable, de la démarche des croyants, elle est aussi voie pour le monde.

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